lundi 11 août 2014

Ronde 8 : Ukraine - Bulgarie

La "nuit" tombe un peu après minuit, et le jour se lève un peu avant 1h du matin.


Une nuit toute relative. Je pourrai dire que j'ai passé une journée en Norvège pendant deux semaines.

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Le Sector Arbitor me donne le match du jour, encore la Norvège... je suis un peu surpris. J'avais indiqué la veille à mes roommates que je sentais chez mes collègues un certain agacement (justifié) à me voir arbitrer tous les jours le Champion du Monde.
Takis, le sage chef arbitre arrive : "Change un peu les attributions". Il me montre du doigt : "La moitié des rondes sous les caméras, ça suffit, en plus il a été interviewé hier".
Vanitas vanitatum et omnia vanitas.

Après la réaffectation, je gère le match Ukraine-Bulgarie, avec des joueurs prestigieux comme Ivantchuk, Topalov, Ponomariov ou Cheparinov. Les deux équipes sont dans le top 10, elles jouent encore pour le titre.

La France joue juste à côté, je n'interviendrai pas, naturellement. Vlad se promène avec son pull noué à la taille, on dirait qu'il va découper une carcasse de bœuf.

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Quatre frenchies aux Olympiades, Stephen, Anémone, Nadir, Stéphane.

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Les joueurs arrivent, avec leurs cartes vertes signifiant qu'ils peuvent entrer dans la salle. Ivantchuk arrive avec une carte jaune... pourquoi ne suis-je pas surpris ?
Tchouky est connu pour ses excentricités. Il vit dans son monde.
Il renverse sa bouteille d'eau. La feuille de partie est un peu touchée, mais son stylo semble fonctionner. Rien vers les câbles. Il ne semble pas réveillé... mais comme il semble rarement réveillé, je me demande si c'est son état naturel, ou les conséquence de l'absence de nuit. Un peu plus tard dans la partie, il s’asperge le visage.
Topalov et lui jouent très vite, ils dépassent le contrôle de temps avec une bonne heure d'avance (sur 4h). Après leur partie nulle, je récupère la carte de Topalov, mais Ivanchuk ne comprend pas. Le capitaine ukrainien m'explique alors qu'on lui a donné une carte VIP pour simplifier. D'où la carte jaune au lieu de la carte verte.

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Le très respectable Geurt Gijssen.
Il a présidé ce matin même sa dernière séance du Comité des Règles. Un grand arbitre.

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Derrière moi se trouve une "volunteer" (bénévole). Elle filtre les entrée. Quand elle apprend que je suis français, elle me dit "j'aime la pomme rouge". Cela ressemble à un exercice de diction. Elle répète cette phrase plusieurs fois dans l'après-midi.
Le meilleur joueur russe, Grichuck (n°4 mondial) tente de rentrer dans le secteur I, alors que son équipe joue dans le secteur II. La "volunteer" regarde son badge (elle ne le connait pas) et l'arrête d'un sourire. De l'avantage d'avoir des bénévoles qui ne connaissent pas les joueurs d'échecs, ils font respecter le règlement.
Plus tard, la jeune femme est remplacée par quelqu'un de moins consciencieux. Je vois alors passer Grishuck, puis Kramnik (ancien Champion du Monde) qui joue au 2e échiquier de la Russie. En revanche, pas de Karjakin, le n°3. Karjakin gagne sa partie, Grishuck se contente du match nul, et Kramnik perd. Pas brillant pour les russes, ce n'est pas encore cette année qu'ils gagneront les Olympiades.

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Georg Kradolfer, arbitre suisse, surveille Margit Brokko, arbitre estonienne.
La tenue de la jeune femme a inspiré plusieurs joueurs. "Où est la case d6 ? Ici ou là ?"

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Une journaliste de Guyana (pas la Guyane française, sa voisine), passait les premières rondes parmi les spectateurs derrière Carlsen. Elle s'ennuyait un peu, au point d'échanger quelques mot avec l'arbitre.
Elle passe aujourd'hui près de mon match. Comme elle s'ennuie toujours, nous échangeons quelques mots. Elle a suivi le cours d'arbitrage donné en marge de la compétition. Lors de l'examen, il faut obtenir un score minimum de 80%.
Je ne sais pas si c'est mon accent anglais ou son oreille sud américaine. Mais notre dialogue donne quelque chose comme ça :
- J'ai passé l'examen, mais il est difficile.
- Vous pensez arriver au score de 80 ?
- Non, j'ai 23 ans.

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Même aux Olympiades, je fais de la pub pour l'Open International de la Réunion. 
Ici à l'association des fédération francophones.

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A droite, Stewart Reuben, l'homme qui écrit les règles du jeu d'échecs !
A gauche, l'homme qui lit les règles du jeu.

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J'ai compris le rôle du capitaine : il enlève les peaux de bananes et apporte du café.

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Après sa victoire face à la Géorgie, la France se glisse à la 2e place, derrière la Chine. Voir le classement.

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Durant les parties, les arbitres mangent des cookies.

2 commentaires:

alain sallette a dit…

Sinon, c'était bien "la pomme rouge" ? !!

Unknown a dit…

Blog très agréable à lire...avec un peu d'humour british ?! Well done !