dimanche 11 octobre 2015

Bananes promises, bananes dues

Petit déjeuner, au soleil levant.


Matinée passée à faire ... rien.

Je sors de l'hôtel en passant devant les boutiques. Dans les vitrines, il n'y a pas d'étiquettes. Vous connaissez l'adage : "Si vous demandez le prix, c'est que vous n'en avez pas les moyens"

Retour à la salle de jeu.
Des barres chocolatées sont à la disposition des joueuses, ainsi que des fruits. Mais l'ananas entier ou les oranges n'ont pas de succès.


Aujourd'hui, Jean-Michel Rapaire, THE organisateur a fait renvoyer la corbeille de fruits. En effet, la veille, il avait écrit un message demandant des fruits faciles et pratiques à grignoter : raisins, bananes (elles sont là !), des clémentines ou des mandarines et des mirabelles. Au passage, il ne faut pas confondre les mirabelles avec l’Émir à belles, comme on en rencontrait parfois à Monaco.
Je lui avait suggéré de terminer sa demande par "ainsi les joueuses auront la pèche !" ... et il l'a fait.
Retour de la corbeille avec des bananes (elles sont toujours là !).

Jean-Michel Rapaire, un grand Monsieur des Echecs


L'organisateur est aux petits soins pour les joueuses. Elle sont traitées comme des princesses. L'organisateur, donc, trouve qu'il fait un peu chaud dans la salle de jeu. Il me demande mon avis, et je lui conseille d'augmenter un peu la clim.


27 minutes et 01 seconde avant le début de la ronde, deux arbitres en noir et blanc, j'ai laissé mon borsalino (Ventura) au vestiaire.
La ronde est lancée, par son Excellence Henri Fissore (voir article précédent), je trouve qu'il fait une température idéale dans la salle, maintenant qu'il y a la clim. Les officiels quittent le salon pour aller donner des interviews dans le salon voisin. Anastasia, ma collègue arbitre, vient me dire qu'Antoaneta  Stefanova (double championne du monde) se plaint de la température. Je trouve qu'il fait bon, mais on peut encore baisser bien sûr. Mais non me dit Anastasia, elle a trop froid !
Nous nous sommes réparti les taches. Comme elle parle russe et que c'est une fille, elle parle aux joueuses. Comme je parle français et que je suis un garçon, je parle aux organisateurs.
Je lui demande de répéter : "Oui, les joueuses veulent plus de chaleur. Les hommes ont toujours trop chaud, et les femmes trop froid".

Une dame accompagnée de son mari vient de rentrer. Elle commence à interroger Anastasia qui fait semblant de ne pas parler français. En réalité, elle a étudié le français deux heures par jour à l'école, et elle comprend encore plus de la moitié de ce que nous disons.
Bref, la dame vient vers moi. Elle veut connaître le résultat de la simultanée. Je la renseigne, elle me remercie et va s'installer devant les écrans où sont retransmis les parties en direct.

(la simultanée dans le Salon Médecin)

Le mari de la dame est habillé d'un magnifique costume bleu ciel à rayures, cravate assortie sur une chemise bleu foncé. Il porte son chapeau à la main. Je pense qu'un jour, on a posé ce monsieur dans le sud de la France, et qu'on a ensuite construit Monte-Carlo autour de lui.
Il me demande combien de temps cela va encore durer... je regarde la pendule, il reste au moins 3h de jeu. Je lui réponds donc "encore 1h30 à 2h", il sourit tristement et va s'asseoir, à trois mètres derrière sa femme (vous aurez compris que c'est elle la passionnée), dans un confortable fauteuil. Très confortable fauteuil. Doux et moelleux fauteuil en ce début d'après-midi. Le repas de midi a du être bien copieux, et on n'est jamais aussi bien qu'au pieu (désolé). Vos paupières sont lourdes, vous êtes fatigué... et zou, dodo.
Le monsieur au costume bleu ciel doit avoir des problèmes aux sinus. Il se met à ronfler... dans une salle où l'on entend le tic tac de l'horloge à dix mètres de hauteur. Je dois intervenir. Son ronflement perturbe les joueuses. Je me dirige vers lui, et croise Alexandra Kosteniuk (double championne du monde, et championne Olympique en titre) qui va se plaindre à ma collègue. Je secoue doucement l'épaule du costume bleu ciel. Le monsieur ouvre les yeux, il a compris et s'excuse en chuchotant.

Sinon, j'ai aussi calculé les possibilités de normes de GMI pour les trois plus "faibles". Mais ce sont des trucs d'arbitre beaucoup moins amusants que l'absence de miel au début de la ronde. Cela fait tout de même étrange d'entendre toutes ces joueuses me dire "Honey, honey !" ce qui peut se traduire, au choix, par "Chéri, chéri !" ou "Miel, miel !".

Le soir, las des bavardages de mes contemporains, je vais dîner avec ma collègue Anastasia, Olga la Press Officier, et Natalia Championne d'Europe 2015.

Natalia, lors de la cérémonie d'ouverture
(la preuve que c'est une cérémonie d'ouverture, elle ouvre une boite)

Les trois femmes sont russophones, et le seul mot que je connaisse en russe est "borchtch". Elles commencent à parler en anglais, par respect pour votre pauvre serviteur. Mais j'ai décidé de m'asseoir avec elles, justement pour ne pas comprendre ce qu'elles disent. Je leur demande donc de parler russe.
De temps en temps, par pitié (elles ne saisissent pas le plaisir que je peux avoir à ne rien entendre à leur conversation), ou pour me demander mon avis, elles reprennent l'anglais.
Au cours du repas, j'ai donc été sollicité sur des sujets aussi variés que :
 - la comparaison entre les cœurs de palmiers et des asperges
 - le mal au dos quand on donne une simultanée
 - le quinoa
 - les heures de levé et de couché des français, des russes et des espagnoles (avec en sous-sujet, l'ouverture des boulangeries et des discothèques)
 - le borchtch  (ça tombe bien)
 - les noms de familles donnés aux enfants. Celui du père, de la mère ou les deux.
 - la recette de la tête de veau
 - la panique à la dernière ronde des Olympiades, où nous étions tous les quatre
 - les calories d'une tarte aux fruits comparée à un Baba au rhum
 - les Louboutin et la difficulté de marcher avec des talons hauts

A la fin du repas, nous sortons du Casino. Les filles s'attardent sur les Rolls Royce, les Jaguar, les Porche et les Ferrari, quelques Audi, nous sommes samedi soir. Elles me demandent si je vais à la soirée de clôture du Nikki Beach (le bar/piscine sur le toit de l'hôtel). Je leur explique que j'ai 85 ans, et que je ne possède que des vestes grises, noires ou bleu marine. Il faut être habillé en rouge et blanc (couleurs de Monaco) pour cette fête. Natalia insiste : "Tu as bien un tee shirt rouge ?" Non... puis après réflexion, je lui dis que j'ai des chaussettes rouges. Elle me dit alors que si je ne porte que mes chaussettes, je peux y aller ! ... Puis elle éclate de rire.

Je rentre dans ma chambre, et vais revoir "Le Roman d'Un Tricheur" de Sacha Guitry, il me semble que plusieurs scènes ont lieu au Casino de Monte Carlo.



Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci de votre attention.
Demain, nous découvrirons à quoi sert un arbitre.

samedi 10 octobre 2015

Journée de repos bien remplie

Le matin, Justine, l'hôtesse qui m'appelait par mon nom n'est pas là. Je suis accueilli par un triste "Bonjour Monsieur quel est votre numéro de chambre ?"... Je signe, et une autre hôtesse arrive pour me placer. Elle sourit et avant de prendre le billet portant mon nom et mon n° de chambre, elle me dit "Bonjour Monsieur Escafre". En m'asseyant, je la félicite pour son professionnalisme, elle aurait peut être préféré un pourboire mais ne le montre pas.

Visite guidée de l'Opéra de Monaco, conçu par Garnier, comme l'Opéra parisien du même nom.

au centre, la loge princière

Les détails dans la décoration sont à tomber par terre, mais nous étions assis. Chaque centimètre carré est une oeuvre d'art. Le Président Rapaire rêve déjà d'utiliser cet écrin. Et il en est capable !
Nous avons le privilège de visiter les coulisses, les loges. 
On pense au "Fantôme de l'Opéra" de Gaston Leroux qui se déroule à l'Opéra... Garnier.

Je profite que les joueuses soient rassemblées pour leur faire signer un échiquier, en souvenir pour un ami.

La numéro 2 mondiale, l'indienne Humpy Koneru, se prête au jeu. Elles sont toutes d'une grande gentillesse.

Après être passé à l'Opéra, nous passons à l'apéro. (désolé)

Après un repas frugal : une olive et une feuille de laitue, nous installons les jeux pour la simultanée. Almira Skripchenko étant fatiguée par le tournoi, c'est Olga Alexandrova qui la remplace. Olga est Grand Maître Féminine et Maître Internationale (mixte). Numéro 1 en Espagne où elle a gagné le Championnat national après avoir remporté le titre en Ukraine.

 En plus d'être une excellente joueuse, Olga est Press Officer sur la compétition. Ici sous l’œil de l'arbitre qui surveille également les statues.

Une fois la salle installée, il est l'heure d'aller chercher Hou Yifan pour visiter le club de Monaco. (voir l'article d'hier).
Je remercie très chaleureusement le Président Rapaire pour l'affiche qu'il m'a offerte à cette occasion. C'est mon affiche préférée, et j'avais donné mon exemplaire à un club en 1997... Je vais la faire encadrer, car elle est unique, je n'en dirai pas plus pour ne pas faire de jaloux. Merci.

Retour au Casino, je suis invité à jouer. Olga est un peu surprise de me voir parmi les participants. Elle s'imaginait que j'étais plus fort. Hélas, "le talent n'est pas contagieux" (Louis Jouvet), et la fréquentation des meilleurs joueurs et joueuses du monde n'a pas fait monter mon niveau (l'arbitre intervient rarement sur ce qui se passe sur l'échiquier, surtout à haut niveau). Elle pensait que j'étais au moins candidat maître, mais non.


Olga Alexandrova affronte simultanément 14 adversaires. Ici au premier plan, son Excellence, Henri Fissore, Ambassadeur non résident de Monaco au Portugal ainsi qu'Ambassadeur en mission auprès du ministre d’État (Premier ministre).

J'ai les Noirs. Pour mettre un peu d'action, j'ai sacrifié un Fou en h3 :


Quelques coups plus tard, j'ai donné la Tour (en fait la qualité, mais comme j'avais un Fou de moins) : Txe5 suivi de Fxe5 Txe5. 


Et je commence à avoir une Dame, un Cavalier et une Tour sur un Roi blanc qui n'a plus de pions pour le protéger. Quelques coups plus tard... trouvez le bon coup...


Te2, et il faut donner la Dame blanche sur la Tour, à cause du mat avec la Dame noire en h2 (ou la t en g2).
Et après ... Te2, Dxe2 Cxe2+, j'ai 4 pions de plus, mais j'ai préféré répéter la position en faisant des échecs perpétuels avec le Cavalier. Partie nulle. Et dire que certains doutent encore de ma gentillesse. Olga me serre la main, un peu surprise. Son mari, Miguel Illescas, Grand Maître, me dit que je suis un gentleman... il ne sait pas que je suis capable de perdre cette partie.

Après plus de 3h de jeu, Olga aura gagné 9 parties, fait 5 nulles et aucune défaite. Pas mal !

Le lendemain, Olga vient me voir quelques minutes après le début des parties :
Olga : Tu as vu la partie d'Antoaneta ?
Moi : Non, pas le détail des coups.
Olga : Les dix premiers coups, c'est notre partie d'hier ! puis Antoaneta a joué h6 pour empêcher Cg5
Moi : Elle a copié sur nous, ce n'est pas bien.

Un peu plus tard dans la journée, elle me demande si je parle français. ??? Elle avait remarqué que je parlais souvent avec les organisateurs, ainsi qu'avec son mari qui maîtrise les échecs et notre langue.
"Euh oui, je parle français, et je l'écris même parfois". Comme je parle espagnol avec elle, et anglais avec la plupart des joueuses, elle me dit que ça fait beaucoup pour un grec. ????
Elle pensait que j'étais un maître grec, mais je n'ai pas vraiment l'intention de me faire maître chez les grecs.
Depuis, je ne lui dis plus "Hola !" mais "Calimera !"

De temps en temps, des employés du Casino passent par le salon où se déroule le Grand Prix. Ils sont respectueux et se font discrets. L'un d'eux se montre plus hésitant. Il cherche quelque chose. Je vais donc à sa rencontre.
Moi : Puis-je vous aider ?
Lui : Bonjour je cherche la direction.
Moi : La direction de quoi ?
Lui : La direction de ... la Direction.
(je crois que nous avons rejoué un dialogue du Schpountz de Pagnol)

Demain, nous rendrons hommage aux bananes
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci de votre attention.
pour vous faire patienter :




vendredi 9 octobre 2015

Ting et clic

Ting, c'est le bruit que fait la tasse de thé que l'on pose sur une soucoupe.

Vladimir qui s'occupe de la retransmission des parties et des vidéos me signale que les thermos de cafés et de lait ont été inversés. Le café a un bouchon blanc, et le lait a un bouchon noir. Il me conseille de prévenir les joueuses. Après réflexion je décide plutôt d'inverser les bouchons :-)


Ma collègue Anastasia est entourée de plusieurs joueuses. Je l'interroge du regard. Je m'approche. Elle me demande de demander à l'organisateur de demander au responsable de la restauration de demander à un chef de rang de demander à un serveur d'apporter des citrons pour le thé et l'eau gazeuse. Deux minutes après, malgré une chaîne de commandement un peu longue, nous avons les agrumes.

La salle de jeu est extrêmement calme, comme on peut le voir sur cette photo :


J'observe Natalija Pogonina, poser sa tasse avec une lenteur et une délicatesse infinie. Elle réussi l'exploit de ne pas faire tinter la porcelaine (essayez chez vous, si vous croyez que c'est facile). La vice-championne du Monde, agit ainsi pour ne pas déranger l'adversaire. Quand elle veut croquer un morceau de chocolat, Natalija se lève pour atténuer le bruit de l'emballage qui se froisse ou se déchire.

L'ambiance est tellement feutrée, que J.-M. Rapaire, Président de la Fédération Monégasque, me fait remarquer que l'on entend le bruit de la grande aiguille de l'horloge située à neuf ou dix mètres de hauteur, quand elle passe à la minute suivante. Clic.
Comme il me dit cela en chuchotant tout bas, à une douzaine de pas de la table de la Grand Maître bulgare Stefanova, celle-ci se retourne, perturbée par ce qu'elle ressent comme un vacarme.

Cosmopolite : Ljubojević, né en Yougoslavie, vivant en Espagne, discute en allemand avec le père de la jeune joueuse iranienne Sarasadat. Nous sommes à Monaco.

Pratique : Si vous souhaitez acheter des produits de tous les jours, le Carrefour City est à côté de l'Ambassade du Honduras.

Question : les frères Riff sont-ils plus forts que les sœurs Muzychuk ?

JOUR DE REPOS
Nous reviendrons sur la visite de l'Opéra (ou pas).


Dessiné par Garnier, comme l’Opéra ... Garnier. Derrière Hou Yifan et ce drôle de monsieur : la loge du Prince Albert II.
C'était le matin... l'après midi, le Président du Club/Fédération de Monaco nous fait visiter le club. Rendez-vous dans le hall de l'hôtel à 15h... à 14h56, l'ascenseur s'ouvre sur la meilleure joueuse du monde et sa maman. Elle est très joliment habillée et porte des talons. Jean-Michel Rapaire lui dit que le club est à 5 minutes à pieds, ce qui est vrai... mais il oublie de dire qu'il faut marcher sur des pavés. Personnellement, j'avais prévu le coup, et ce jour là, je n'avais pas mis de talons.
Hou Yifan s'en sort très bien, elle arrive même à me doubler. Nous sommes au début de la rue du club.

Je n'ai pas pu résister, désolé.

Dans le club, la n°1 mondiale rencontre les enfants, dont certains participent aux championnat du Monde ou d'Europe jeunes. Ils sont impressionnés.


La joueuse chinoise découvre le "musée" du club, elle est impressionnée.


Monaco est un grand état échiquéen.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci de votre attention.
Demain vous saurez pourquoi la GMI féminin (également MI) Olga Alexandrova pense que je suis un candidat maître grecque.

Bonus :

mercredi 7 octobre 2015

se connecter au wifi, c'est plus simple qu'une partie de Hou Yifan

Je me lève un peu plus tard que d'habitude, le soleil est déjà là. Je regarde par dessus mon balcon. L'eau est assez claire, j'hésite à plonger.


Je monte au 7e étage pour prendre mon petit-déjeuner. C'est le 3e jour que je me présente à l’hôtesse d'accueil. Avant que je lui donne mon numéro de chambre, elle me dit "Bonjour Monsieur Escafre"... alors que "Monsieur Escafre" c'est mon père, mais l'effort est louable.

Petit déjeuner. Je voulais m'installer en terrasse, mais j'aperçois Ljubo qui est seul à l'intérieur. Je décide de m'imposer, pour l'écouter.


Il n'arrive pas à se connecter au wifi de l'hôtel. Le Grand Maître me montre son vieux Nokia qui est une "antiquité" (sic). Je lui dis que c'est normal de ne pas pouvoir se connecter avec un téléphone aussi simple et qu'il faut un smartphone.
Il me regarde bizarrement, et prend la sacoche de son ordinateur. "C'est avec ça que je n'arrive pas à me connecter"... Ooopss !
Ljubomir me dit alors la chose la plus drôle du monde "Toutes ces machines c'est trop compliqué pour moi"... Cet homme a battu des joueurs comme Kasparov. Il comprend des positions d'une telle complexité que même les ordinateurs n'arrivent pas à les évaluer. Je lui réponds : "se connecter au wifi, c'est plus simple qu'une partie de Hou Yifan !". Ce n'est pas la complexité qui vous embête, c'est de changer vos habitudes". Et en trois clics, je lui montre comment se connecter. Ce n'est vraiment pas compliqué. Je le laisse profiter du monde moderne, et je vais me servir des saucisses de veau. C'est excellent dans du thé vert !

Je sors de l'hôtel, la salle de jeu est à 5 minutes.
Je tombe là dessus :


Incroyable : il y a des bus à Monte-Carlo ! Bon, il y a aussi de mariés chinois seuls un mercredi matin.
Je grippe les escaliers à petites foulées, passe devant un bar, et voilà :



 Le salon privé à gauche, comme ne l'indique pas la flèche sur l'affiche ;-)

La ronde va commencer. Les règlements de la fédération internationale sur les tournois de hauts niveaux sont assez contraignants. Pour éviter les communications avec l'extérieur, les téléphones sont interdits, naturellement. Pia Cramling, joueuse suédoise, qui fut deux fois championne d'Europe vient vers moi un peu paniquée : elle me montre son téléphone. "J'ai oublié, oulalalala, j'ai oublié !" ... On demande aux joueuses de laisser leur smartphone à l'hôtel. Mais, pas de soucis, la ronde n'a pas commencé. Je vais placer le téléphone dans un bureau du casino que nous utilisons pour stocker du matériel. Je demande juste à Pia d'éteindre son téléphone. Elle le rallume donc, pour pouvoir l'éteindre. L'éteint et me le confie. Elle est un peu inquiète. Je lui conseille d'enlever la batterie pour éviter qu'il sonne, mais elle ne sait pas le faire. Je la rassure, cache le téléphone sous une pile d'affiches, il n'y a aucun risque qu'il émette un son synonyme de perte de la partie.
Plus embêtant pour les joueuses, elles ne peuvent pas porter de montre ! En effet, les montres connectées, peuvent envoyer des informations cruciales... pour les distraites, nous avons une boite qui sert de consigne : elles étaient trois aujourd'hui.


et enfin, interdit d'utiliser ses propres stylos ! Là encore, il y a eu des cas de triches avec des stylos qui servaient d’émetteurs/récepteurs.


On est donc prié d'utiliser les stylos du Casino de Monte-Carlo, il y a pire...

La ronde se déroule sans incident.
J'attends que la n°1 mondiale vienne à bout de la Vice-Championne du Monde.


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci de votre attention.

Demain, vous saurez si Hou Yifan est arrivée à marcher sur les pavés monégasques avec des talons. Quel suspens !

mardi 6 octobre 2015

A la Ronde 1, on pousse du bois

Il y a un jeu de mot dans le titre (je dis ça pour ceux que ça amuse).

Après le petit-déj. avec le chief de la FIDE, nous descendons dans le hall de l'hôtel et tombons sur Ljubomir Ljubojević à qui ça n'a pas fait mal. Pour ceux qui ne connaissent pas Ljubo, il est devenu Maître International l'année de ma naissance, et Grand Maître l'année suivante. Il a battu des "amateurs" comme Karpov, Kasparov, Anand... Il va commenter le Grand Prix en direct pour les internautes du monde entier. Il est serbe et vit en Espagne. Je laisse Geoffrey Borg et Ljubo discuter, je file à la salle de jeu pour régler le millième petit détail.

à droite Miguel Illescas, à gauche Ljubomir Ljubojević (site officiel)

L'autre commentateur est le très talentueux Grand Maître espagnol Illescas. Je lui raconte qu'à l'époque où il jouait pour le club de Montpellier, Jean-Claude Loubatière, Président de la Fédération Française, et président de son club, m'avait dit qu'il était très fier que Miguel ait été soigné pour une blessure à son poignet, reconnue comme une "maladie professionnelle" de joueur d'échecs !

Retour au Casino de Monte-Carlo.
Il y a deux sortes de personnes à Monaco : celles qui ont de l'argent, et celles qui ont des badges. Moi, j'ai des badges.


Je passe des barrages de gens en smoking. Avec un badge et une cravate, vous pouvez rentrer dans Fort Knox.
Oh ! qui vois-je dans le salon blanc que nous devons traverser pour aller dans les salons privés ?


Maman Muzychuk et ses deux filles de 22 et 25 ans. Et qu'est-ce qu'elles veulent faire quand elles seront plus grandes ? ... Ah bon ? Vraiment ? ... Mariya est Championne du Monde en titre, et Anna n°4 au classement mondial ! Ooooppss
Félicitation mesdames.

Inspection de la salle, je fais changer une poubelle d'endroit... puis je la fais remettre à sa place initiale.
Voilà, il est l'heure d'aller déjeuner. Un radis et un verre d'eau plus tard, je reviens à la salle de jeu.
Un petit café pris à ma table d'arbitrage, je profite de l'architecture fin XIXe.


Je règle les pendules, ma collègue vérifient que les noms des joueuses correspondent aux places attribuées.
Les joueuses arrivent petit à petit par l'entrée des salons privés. Habituellement, ces salons servent pour des joueurs qui veulent éviter la publicité. La porte est à côté de la boutique Chanel, vous voyez ?
Cette entrée est ouverte de 14h à 15h. Les rondes commencent à 15h. Et si une joueuse arrive après 15h ? ... elle perd la partie.
Sévère ?
Le Grand Prix Féminin est une série de 5 ou 6 tournois dans le monde. A l'issue de ce Grand Prix, la première joueuse au classement participe à ... la Finale du Championnat du Monde, tout simplement.

Lancement de la ronde par le Président de la Fédération Internationale et le grand patron du Casino.
Visite surprise de la Présidente de la Ligue de la Côte-d'Azur, Martine Bolla et de la Présidente du Comité départemental des Alpes-Maritimes, Françoise Bressac. Les dirigeantes associatives se conjuguent aussi au féminin.

De temps en temps, pour distraire les spectateurs, je me lève de mon bureau d'arbitre et vais me servir un thé.


Les deux arbitres du Grand Prix. Anastasia Sorokina et moi (photo JM Pechiné. EE).
L'un de nous deux doit toujours être présent dans la salle. Anastasia s'étant absentée, je suis seul. Je décide de faire quelque chose de dingue, un geste fou ! Rappelez vous James Dean dans "La Fureur de Vivre" : je cligne des yeux. Oui, je sais, cela n'a duré qu'une fraction de seconde, mais c'était suffisant pour qu'un drame se produise. Mes yeux sont à nouveau ouverts, et je vois la n°4 mondiale, Anna Muzychuk, qui s'est approchée de l'espace boisson. Elle a dans ses mains une bouteille d'Evian, mais malgré tous ses efforts, elle n'arrive pas à tourner le bouchon. Je glisse discrètement entre les échiquiers, et j'arrive : tel Arthur qui retira l'épée du rocher, je retire le bouchon de la bouteille d'Anna. Elle peut boire, elle est heureuse, ... non, vraiment, ne me remerciez pas, j'ai accompli mon devoir... juste mon devoir, je n'en tire aucune gloire.
Quelques minutes avant le drame, Anna - à gauche - avait sagement pris du jus d'orange (site officiel)

Aujourd'hui, ronde 4 (et oui, je prends du retard dans la rédaction de ce blog), la même aventure est arrivée à Natalia Zhukova, Championne d'Europe 2015. Je suis intervenu pour tourner le bouchon, et ainsi éviter à nouveau le drame. Prévention est mon 2e prénom.
Commentaire d'un monsieur dont je ne donne que les initiales (J.M.R.) : "Cela justifie la présence d'un arbitre-homme pour ce tournoi féminin"

A la Une du site de la Fédération Internationale, on devine ma silhouette au milieu de la photo de gauche.

Site officiel : http://monaco2015.fide.com/


dimanche 4 octobre 2015

Le jour se lève sur le Grand Prix Féminin d’Échecs de Monaco


Violent orages hier soir. Ce matin, le soleil s'est levé.

Il y a deux jours a eu lieu la cérémonie d'ouverture. Quelques heures avant, nous réglions les derniers détails ... enfin, les avant derniers... avec le Président de la Fédération Monégasque et le CEO de la FIDE.
J'arrive quelques minutes avant la cérémonie et tombe sur deux joueurs en train de blitzer (parties jouée en 5 minutes) dans la salle du Grand Prix. Normalement, ce genre de pratique n'est pas autorisée, mais... le Président de la Fédération Internationale a défié mon homologue Président de la Ligue Corse


Sur la photo : au premier plan, les deux adversaires. Debout, de gauche à droite :
Madame Filatov et Monsieur Filatov, Président de la Fédération Russe des Échecs, Monsieur Rapaire, Président de la Fédération Monégasque des Échecs, et votre serviteur Président d'une Ligue dont le territoire est tout de même plus grand que Monaco.
Andrey Filatov a gagné son premier milliard de dollars en 2011. Il est venu de Moscou dans son avion privé, avec le Président de la FIDE, Kirsan Ilioumzhinov. L'année passée, j'avais assisté en Norvège à l'élection de M. Filatov au poste de Vice-Président de la Fédération Internationale, avec 98 voix sur 148. Le bruit court qu'il pourrait monter une marche supplémentaire à la prochaine élection.

Après les discours des officiels, dont son excellence, le Secrétaire d'Etat, Jacques Boisson. Le Président Kirsan a lancé le début du Grand Prix Féminin, et nous sommes passés au tirage au sort des rencontres (appariements) avec ma collègue australienne, comme son nom ne l'indique pas, Anastasia Sorokina, Arbitre Internationale de catégorie A. Nous sommes une cinquantaine dans le monde (je me la pète un peu).


Je passe discrètement de l'autre côté de la scène pour noter les numéros, et ma collègue appelle les participantes...qui prennent le sac contenant des présents, généreusement offerts par la Société des Bains de Mers.

la Championne du Monde, Mariya Muzychuk, Ukraine

la Vice-Championne du Monde, Natalija Pogonina, Russie

Vous remarquerez comme je reste concentré sur mon travail.

Pendant la réception qui a suivi, Alexandra Kosteniuk, Championne du Monde 2008-2010, a fredonné Nathalie (Gilbert Bécaud), et Je t'aime Moi Non Plus (Serge Gainsbourg), en petit comité, par sur scène.

Puis c'est la réunion technique durant laquelle on répète ce qu'on a déjà dit tout l'après-midi, et qu'on redira le lendemain avant la ronde.

Devinez qui n'a pas vu le photographe !

Le Grand Prix Féminin de Monaco est à suivre sur 

vendredi 2 octobre 2015

à la découverte d'un pays exotique

Départ de Marseille vers l'Est sauvage.
Le train est en retard, jusqu'ici tout est normal.
Beaucoup de britanniques dans mon wagon, ils vont suivre le match Monaco - Tottenham, je crois que c'est du football. Ah oui, le pays exotique, c'est Monaco :-)
Je voyage en seconde, et je suis un peu inquiet. Est-ce que les 2d s'arrêtent aussi à la gare de Monaco/ Monte-Carlo ? Ne prennent-ils pas uniquement les voyageurs de 1ère classe ? Ah ben non, je peux descendre.
Le Président de la fédération m'accueille avec un large sourire en haut d'une passerelle qui surplombe les voies. La dernière fois que j'avais été accueilli par un président de fédération, il souriait moins, mais c'était un autre président, et c'était une autre fédération.

Beaucoup de cars de police sur le parking, à cause du match de foot, les joueurs d'échecs ne nécessitent pas autant de surveillance.
Un bagagiste m'aide... ooopps ! c'est pas un bagagiste, c'est le Président de l'AIDEF (les échecs francophones). Ça en fait des présidents. Tous le monde sourit. Pour l'instant j'aime bien Monaco.

Je dépose les bagages à l'hôtel, et nous filons à la salle de jeu : Le Casino Monte-Carlo
Jean-Michel Rapaire, le Président de la Fédération Monégasque, travaille au Casino. Je ne suis jamais rentré aussi vite et aussi facilement dans un tel établissement.
Et le choc : la salle de jeu

Les murs ressemblent à ça :

la salle sans les échiquiers

Inaugurée en 1890, j'ai l'impression que la salle est neuve. Superbe.

Rencontre avec le CEO (Chief Executive Officer = le Boss pragmatique) de la FIDE (fédération internationale des échecs), monsieur Geoffrey Borg. Notre première rencontre date de 2006 à Turin.
Geoffrey et moi trouvons encore mille petits détails rien que pour embêter le gentil organisateur.
Délai pour les photos, qui peut entrer dans la zone de jeu et combien de temps, un écran pour le compte à rebours ou bien on utilise la pendule dorée de la salle ? où vont les joueuses après leur parties (salle de presse), un carton sous les feuilles de parties pour éviter d'écrire directement sur la nappe, quelles portes peuvent être ouvertes ou fermées, on change la table pour les rafraîchissements,etc.
Le président Rapaire m'explique comment se passe le tirage au sort des numéros d'appariement... je lui signale une petite contradiction avec les règlements internationaux. Retour vers G. Borg, et nouveaux petits détails à modifier. Pas grand chose à changer, millième petite modification... heureusement, J.-M. R. est habitué des salles de jeu du Casino, sa patience et son calme l'aident à gérer toute l'année les caprices des milliardaires... ce n'est pas un patron de la FIDE et un arbitre international qui vont le faire craquer... quoique...

Retour à l'hôtel. En accrochant mes costumes dans la penderie, je vois le tarif de la chambre. J'ai fait tomber mes costumes.

Retour au Casino, je suis un peu en avance. J'observe de vieilles anglaises qui jouent aux machines à sous. J'entends parler hébreux et russe. Un gentille dame me demande des informations sur les jackpots. Euh non, je ne fais pas partie du personnel.
J'attendais Geoffrey Borg, et voici Almira Skripchenko, la championne de France (par respect pour monsieur Borg, je ne vais pas dire qu'on y gagne au change). Repas agréable, Almira nous raconte son voyage mouvementé. Demain, elle a une interview, et le jour de repos, elle fait une simultanée, elle a traduit des documents. Disons le clairement, elle est exploitée... Almira a été capitaine de l'équipe de Monaco, notamment en 2012 quand ils ont remporté le Championnat d'Europe.

En 2013, Son Altesse Sérénissime le Prince Albert, remettait la médaille des Sports de Monaco à Almira

Voilà, c'est parti, demain commence le plus fort tournoi féminin jamais organisé, et j'aurai l'honneur de l'arbitrer au côté d'Anastasia Sorokina.




mercredi 30 septembre 2015

de l'huile d'olive au comté

Septembre aura été marqué par une assemblée de ligue dans le Vaucluse, suivie de formations données dans les Alpes-Maritimes et le Var.

Puis une réunion des présidents de Ligues en région parisienne.
Et enfin, un petit tour du côté de Lons le Saunier (Jura).

(article du Progrès 29/09/15)

Rencontres et échanges avec mes voisins de la Région PACA avec qui nous allons fusionner.
Rencontres et échanges avec mes collègues présidents de ligues.
Rencontres et échanges avec des bénévoles associatifs de la future région Bourgogne-Franche-Comté.
A noter le dynamisme de la ligue de Franche Comté, qui forme de nombreux jeunes dirigeants. Leur tournoi scolaire rassemble plus de 800 joueurs ! Le genre d'exemple que notre fédération devrait mettre en avant, avec l'idée, non pas d'imposer un modèle unique, mais de présenter plusieurs expériences réussies, dont chacun pourrait s'inspirer en l'adaptant à sa réalité de terrain.

dimanche 20 septembre 2015

Séminaire des Présidents de Ligues

Weekend francilien. Toujours un plaisir de retrouver mes collègues qui agissent sur le terrain.

Nous avons commencé par le projet des « grades » qui part d'une bonne intention : donner aux jeunes joueurs l'équivalent des ceintures au judo ou des étoiles de ski. 
Hélas le projet a été diffusé un peu précipitamment, il n'est pas abouti. Jean-François Sakwinski (Auvergne) relève même une erreur dans un diagramme pour débutant. Le Comité Directeur fédéral avait émis des réticences (2013), et des régions pilotes devaient tester le dispositif. Cela n'a pas été fait. On peut s'étonner de voir ce projet imposé autoritairement par le Bureau.
Il existait déjà des diplômes fédéraux. L'effort d'harmoniser au niveau national les critères d'attribution de ces diplômes est louable. Le règlement mériterait d'être simplifié. Une concertation avec la base aurait pu éviter certaines maladresses. 

Ensuite, longs discours sur des sujets sans rapport direct avec les Présidents de Ligues. Au lieu de parler de la réforme du territoire, on nous refait la liste exhaustive des compétitions fédérales... jusqu'à 17h. Beaucoup de présidents s'échangent des textos ou surfent sur internet.

Présence de l'indispensable Jordi Lopez. Le DTN adjoint profite de la pause pour procéder au tirage au sort des appariements du Top 12, le plus haut niveau des compétitions nationales par équipe. Il cherche des mains innocentes.

(de gche à dte : Président de Provence, Président du Languedoc-Roussillon, Président de Picardie)

Deux ou trois collègues tirent des noms. A mon tour, je tombe sur le nom du club dont le président fédéral est salarié (il paraît qu'il n'y a pas de conflit d'intérêt, mais ceci est une autre histoire).
Voir ici l'appariement du Top 12.

Un peu après 17h, nous commençons le 1er point à l'ordre du jour : Nouvelle Organisation du Territoire de la République.
Remarquable exposé du président de la Ligue d'Alsace. Enfin un point en rapport avec les attentes ! Jean-Paul Griggio pose avec précision les motivations politiques, notamment l'importance de ces Super-Régions dans le paysage européen. Il brosse un tableau général des obligations pour le monde sportif, et compare avec les Länder allemands. La possibilité de créer des districts, de garder les anciennes ligues sous forme de « zones sportives ». Les compétitions par équipes, qualifications jeunes, etc. tout le maillage technique des compétitions peut rester identique pendant des années.

Damien, étudiant en master II de droit du sport, nous précise quelques points de la directive ministérielle.

   (et les ultramarins qui ne changent pas)

Plusieurs ligues devraient fusionner (sauf cas très exceptionnels et motivés). Pour mon cas, la ligue de Provence va fusionner avec la ligue de Côte d'Azur. La Région ne change pas, mais nous étions coupés en deux, ce qui sera plus dur après la réforme. En plus ils sont gentils et les compétitions vont rester identiques. Il va falloir harmoniser quelques pratiques, mais rien d'insurmontable avec un peu de bonne volonté.

Les statuts de la Fédération seront changés en janvier. Aucune infos pour l'instant.

Repas en commun le soir.
Olivier Minaud, président de la ligue de Franche-Comté est assis en face de Patrick Laufferon, président de la ligue de Bourgogne. Ça tombe bien, ils vont se marier.
Hôtel, dormir, petit-déjeuner où nous parlons très sérieusement. Robert Iasoni, Président de la Ligue Île de France veut nous faire croire qu'il a couru ¾ d'heure en prévision d'un triathlon. Personne n'est dupe. Ce même président essaie de me perdre en voiture. Nous mettons 20 minutes pour faire un trajet de 5 min. Ce n'est pas comme si nous étions sur ses terres... ah ben si en fait.

Le futur directeur de la fédération, revient sur les contraintes du ministère des sports. Beaucoup d'imprécisions relevées et corrigées par des collègues vigilants. Des suggestions présentées comme des obligations, des recommandations annoncées comme ayant force de loi. Il faut détricoter tout cela pour trier le vrai du faux.
Involontairement, ce monsieur fait rire l'assemblée, en déclarant "Nous sommes tous des bénévoles", quand on sait que l'ancien trésorier a démissionné pour se faire embaucher par la FFE...
On entend parler uniquement de "salaires", d' "argent", de "concurrence", de "vente", de "part de marché". Ce n'est pas exactement ma vision du milieu associatif ni du bénévolat. Plusieurs présidents tiquent. Mon voisin, me glisse tristement : "on est bien loin des préoccupations du terrain".

Le Bureau veut nous obliger à réaliser ces fusions avant la fin de la saison. La Présidente de Midi-Pyrénées, Françoise Cwiek, indique que ses interlocuteurs régionaux lui ont conseillé d'attendre la fin de l'année 2016. Son voisin élu à la tête du Languedoc-Roussillon, Pierre Leblic, va dans le même sens, ça tombe bien, ils doivent travailler ensemble. Mais le Bureau s'entête à vouloir leur imposer une date plus proche. Pourquoi cette précipitation ? Mystère. Le président fédéral tente une ultime manœuvre : que tout cela soit tranché par le Comité Directeur de novembre. Je lui rappelle que le ministère a demandé un calendrier pour le 30 septembre. Devant tant de mauvaise foi, même ses proches, à part le vice-président, plaident pour une date butoir au 31 décembre 2016. Rappel : le ministère a fixé à fin 2017 sa date limite, nous aurons donc un an d'avance.

Ensuite, le président demande de ne pas parler de ce qui va mal. Il veut que nous dressions un tableau rose. Il parle de méchants, et au lieu d'assumer ses erreurs, cherche des bouc-émissaires.
Sans aller jusqu'à citer Churchill et promettre "du sang, de la peine, des larmes et de la sueur", j'ai l'impression qu'un président honnête, qui reconnaîtrait ouvertement qu'il y a des problèmes, s'attirerait la sympathie.

Il est midi passé, et nous n'avons pas parlé du nouveau siège. La fin est un peu bâclée.
Le président nous annonce que la 2e AG extraordinaire n'aura pas lieu, c'est le Bureau qui en a décidé ainsi. Le « projet lyonnais » n'est plus d'actualité. Il est à noter que l'opposition ne portait pas sur la localisation, mais sur les nombreuses imprécisions, l'absence de chiffrage (voir article précédent) et le sort des salariés. Le siège reste en Île de France. Nous quittons les locaux actuels à la fin de l'année, mais allons rester sur la commune.
Le président oublie de nous dire qu'il a rendez-vous demain avec la Mairie d'Asnières, pour discuter de possibilités de s'y installer. Je le lui rappelle.

Il est déjà l'heure de partir. Echecsinfos nous présente un projet pour fournir des échiquiers au Népal (voir son site).

Après le séminaire je rentre avec la navette jusqu'à la gare de Lyon. Nous sommes quatre présidents de ligues qui continuent d'échanger sur leur passion commune, ce qui est l'essentiel.
A la gare, un sandwich, et après 3h de train, j'arrive à Marseille où de nombreux supporteurs de l'OM envahissent déjà les rues.
La rencontre Olympique de Marseille - Olympique Lyonnais se solde par un match nul.

mardi 25 août 2015

Déménagement : la base demande un peu de transparence


Dix-neuf présidents de Ligues Régionales ont signé une lettre commune. Le sort des salariés, le chiffrage du projet et l'étude de contre-propositions sont évoqués.
L'Île de France a pris un temps de réflexion supplémentaire, l'ensemble de son comité directeur signe un communiqué. 

Tous sont d'accord pour marquer leur inquiétude face au projet de déménagement, et soulignent le manque d'information. Tous se posent des questions et demandent au Comité Directeur fédéral d'apporter des réponses concrètes.
Le projet proposé est peut-être bon, mais nous manquons d'éléments pour nous déterminer.

Souhaitons que ces démarches constructives permettront de faire évoluer ce projet. La demande de transparence est forte, espérons qu'elle sera entendue par les dirigeants fédéraux qui feront ainsi preuve d'ouverture.

Cliquez sur "Plus d'infos" pour lire les deux documents

mercredi 19 août 2015

Une Assemblée Extraordinaire

Lors de l'Assemblée Générale Extraordinaire du 15 août 2015, plusieurs éléments sont apparus au grand jour :
Des solutions alternatives de relocalisation du siège existent en Île de France et dans l'Est : pourquoi n'ont-elles été présentées ni en Comité Directeur, ni en Assemblée Générale ?
Le projet de délocalisation à Lyon ne dispose d'aucune garantie.
Le sort des salariés n'a pas été pris en compte dans le projet.

La situation financière
Le partenariat de 200.000 €, initié en 2008 (*voir note en bas de page) et prolongé en 2012, avant l'arrivée de la nouvelle équipe, n'a pas été renouvelé. C'est un fait. Que l'ancienne équipe ait mal consolidé, ou que l'équipe actuelle ait mal négocié ne change rien au problème : la situation financière est difficile, l'heure n'est pas à la recherche de coupables, il faut réagir.
  • trouver de nouvelles ressources
  • faire des économies
N' ayant pas trouvé de ressources extérieures il fut décidé de mettre les licenciés à contribution : inscriptions aux Championnat de France Jeunes en augmentation de 150% ; participation aux Championnats internationaux Jeunes à la charge des parents, clubs, ligues et comités départementaux ; augmentation des droits d'homologation, etc.

Côté économies, le siège fédéral coûte cher : 48.000 € de loyer annuel (et non 60.000 € comme le disent certains). Nous n'en avons plus les moyens.
L'ancienne équipe a-t-elle sous-exploité la Commanderie des Templiers ? L'équipe actuelle a-t-elle utilisé tout le potentiel de ce site historique ? Là encore, la priorité n'est pas à la recherche de bouc-émissaires, mais de trouver des solutions efficaces qui aillent dans l’intérêt de tous.

Urgence de trouver un nouveau siège ?
Le bail négocié avec la Communauté d’Agglomération de Saint-Quentin en Yvelines ne prend fin qu'en juin 2018. Le partenariat BNPP court jusqu'en décembre 2016.
Nous ne sommes donc pas en zeitnot mais en partie longue, voire en partie par correspondance. Même s'il y a un consensus pour quitter les locaux actuels, nous avons le temps de prendre nos décisions calmement.

Le projet Lyonnais
Si on nous démontre que ce projet permet d'économiser de l'argent d'ici la fin du mandat, il ne faut pas hésiter. Si on nous montre que le projet est rentable à court ou moyen terme, on peut tenter l'aventure. Lyon est une ville qui a souvent aidé les échecs par le passé, c'est un pôle économique important, et sa situation géographique en Europe en fait une place attractive. Mais la question n'est pas : Lyon est-elle une jolie ville ? La question est : quel est le projet ?

Plusieurs questions ont été posées ce 15 août. Les réponses montrent que nous agissons dans la précipitation. Le manque de préparation et de professionnalisme ont été soulignés par de nombreux intervenants. Jugez plutôt :
On ne connaît pas l'adresse exacte du siège, et pour cause : il n'existe qu'une lettre d'intention des politiques lyonnais. Nous n'avons donc, à ce jour, aucune garantie d'avoir des locaux pour un siège fédéral à Lyon !
Les locaux promis (sans garantie) sont en travaux, ils doivent être désamiantés. Ces travaux prendront des mois, et s'ils nous étaient finalement attribués, ce ne serait pas avant la rentrée 2016. La proposition actuelle revient à squatter le club de LOE, en espérant qu'un jour la Ville propose un hébergement. Cela ne semble pas assez abouti pour être voté.
Le coût du déménagement n'a pas été chiffré.
Combien coûtera l'occupation des locaux ? Là encore, pas de réponse.
Ce qui nous était présenté comme un projet bien ficelé n'est en fait qu'une esquisse assez vague.

Les projets alternatifs
Lors de l'AG, le président fédéral a évoqué pour la première fois des options comme Nancy ou Chalons. Alors que Lyon semblait être une variante forcée, il apparaît que d'autres villes peuvent nous accueillir.
Une solution existe même dans la communauté d'agglomération actuelle, à moindre coût, et qui permet donc de conserver les employés fédéraux. Quand l'assemblée a appris cette contre-proposition, elle a voulu en savoir davantage. Pourquoi refuser que les salariés présentent cette proposition en CD puis lors de l'AGE ? Mystère.
Je suis intervenu pour parler de la ville d'Asnières. Cette ville de 90.000 habitants, située à 5 min. de Paris (20 min. du quartier d'affaires de la Défense) est dirigée par un ancien licencié de la FFE. Son Maire, vrai passionné, a mis en place des ateliers dans les écoles et a même embauché le grand maître Anatoly Vaïsser. Il a fait savoir en mars, qu'il était prêt à discuter avec le président fédéral, pour accueillir le siège. Le président a reconnu qu'il avait reçu cette invitation. Ma question : avez-vous pris contact avec cette ville depuis mars ? Sa réponse : Non.
Toutes les options ne doivent-elles pas être examinées, et les projets mis en concurrence ?

Le volet social
Comme l'a souligné un délégué de club, changer de siège implique une modification du contrat de travail. Nous avons appris que les salariés du siège n'allaient pas l'accepter. Ils seront donc « remerciés ». Personne n'est proche de l'âge de la retraite, et le télétravail ne semble pas envisageable. Il faudra donc verser des indemnités conséquentes (une salariée a 23 ans d'ancienneté, trois autres sont là depuis huit ans).
A la question simple : à combien avez-vous estimé les indemnités de licenciement ? Il a été répondu que la loi serait respectée... mais aucun chiffre n'a été donné.
Là encore, comment voter un dossier qui n'est pas chiffré ?
Avec le départ du Directeur Général, s'il fallait ajouter le licenciement des salariés du siège, la perte de compétence serait sans doute immense pour la fédération.
Combien d'années faudrait-il pour former de nouveaux employés opérationnels. Et combien d'années pour économiser sur le loyer du siège afin de compenser les indemnités de départ ?
Analyser cette variante est d'autant plus absurde qu'il existe au moins deux options qui permettent de conserver les salariés en région parisienne, tout en réduisant les loyers.
Plusieurs intervenants ont été choqués par la gestion « humaine » de ce dossier. Nos dirigeants devraient être conscients de la place inestimable qu’ont, au même titre que les bénévoles et les joueurs, ceux qui œuvrent professionnellement pour les échecs, dans les clubs, les ligues, les comités, et dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, au sein de notre Fédération.


Conclusion
Aujourd'hui, nous ne disposons ni de données chiffrées, ni de garanties, pour voter le projet proposé. Il convient en outre d'étudier toutes les autres propositions, avant de demander à l'Assemblée Générale de trancher.
Le Comité Directeur devrait se saisir du problème, et voter le report sine die du « projet »
Il est possible de déménager dans la même communauté d'agglomération, avec une baisse très importante du loyer. Cela permettra d'analyser calmement la position, et de prendre en compte toutes les ressources stratégiques et tactiques pour élaborer notre plan.

Stéphane Escafre
Président de la Ligue de Provence Echecs
Membre du Comité Directeur FFE

* note du 20/08/2015 :
remarque de JC Moingt, ancien président FFE : "le partenariat avec BNP Paribas (...) a été signé le 1er septembre 2006 (et non 2008), renouvelé deux fois en 2009 et 2012 (pour 4 ans en 2012 au lieu de 3 ans ce qui démontre un renforcement du partenariat avant l'arrivée de l'actuel président de la FFE)."
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Pour lire le compte rendu de cette AGE établi par le Président de la Ligue de Bretagne, Christian Bleuzen, cliquez ci-dessous sur "Plus d'infos"


samedi 8 août 2015

Assemblée Générale Extraordinaire

Voici un commentaire publié sur le Forum de France-Echecs ici
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dimanche 2 août 2015

Il est urgent d'attendre

Une AG extraordinaire pour changer de siège fédéral.
Un projet improvisé au mépris des salariés.

Je serai présent le 15 août à cette AG. N'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez des informations (par mail ou sur FB, éventuellement par téléphone).