dimanche 11 octobre 2015

Bananes promises, bananes dues

Petit déjeuner, au soleil levant.


Matinée passée à faire ... rien.

Je sors de l'hôtel en passant devant les boutiques. Dans les vitrines, il n'y a pas d'étiquettes. Vous connaissez l'adage : "Si vous demandez le prix, c'est que vous n'en avez pas les moyens"

Retour à la salle de jeu.
Des barres chocolatées sont à la disposition des joueuses, ainsi que des fruits. Mais l'ananas entier ou les oranges n'ont pas de succès.


Aujourd'hui, Jean-Michel Rapaire, THE organisateur a fait renvoyer la corbeille de fruits. En effet, la veille, il avait écrit un message demandant des fruits faciles et pratiques à grignoter : raisins, bananes (elles sont là !), des clémentines ou des mandarines et des mirabelles. Au passage, il ne faut pas confondre les mirabelles avec l’Émir à belles, comme on en rencontrait parfois à Monaco.
Je lui avait suggéré de terminer sa demande par "ainsi les joueuses auront la pèche !" ... et il l'a fait.
Retour de la corbeille avec des bananes (elles sont toujours là !).

Jean-Michel Rapaire, un grand Monsieur des Echecs


L'organisateur est aux petits soins pour les joueuses. Elle sont traitées comme des princesses. L'organisateur, donc, trouve qu'il fait un peu chaud dans la salle de jeu. Il me demande mon avis, et je lui conseille d'augmenter un peu la clim.


27 minutes et 01 seconde avant le début de la ronde, deux arbitres en noir et blanc, j'ai laissé mon borsalino (Ventura) au vestiaire.
La ronde est lancée, par son Excellence Henri Fissore (voir article précédent), je trouve qu'il fait une température idéale dans la salle, maintenant qu'il y a la clim. Les officiels quittent le salon pour aller donner des interviews dans le salon voisin. Anastasia, ma collègue arbitre, vient me dire qu'Antoaneta  Stefanova (double championne du monde) se plaint de la température. Je trouve qu'il fait bon, mais on peut encore baisser bien sûr. Mais non me dit Anastasia, elle a trop froid !
Nous nous sommes réparti les taches. Comme elle parle russe et que c'est une fille, elle parle aux joueuses. Comme je parle français et que je suis un garçon, je parle aux organisateurs.
Je lui demande de répéter : "Oui, les joueuses veulent plus de chaleur. Les hommes ont toujours trop chaud, et les femmes trop froid".

Une dame accompagnée de son mari vient de rentrer. Elle commence à interroger Anastasia qui fait semblant de ne pas parler français. En réalité, elle a étudié le français deux heures par jour à l'école, et elle comprend encore plus de la moitié de ce que nous disons.
Bref, la dame vient vers moi. Elle veut connaître le résultat de la simultanée. Je la renseigne, elle me remercie et va s'installer devant les écrans où sont retransmis les parties en direct.

(la simultanée dans le Salon Médecin)

Le mari de la dame est habillé d'un magnifique costume bleu ciel à rayures, cravate assortie sur une chemise bleu foncé. Il porte son chapeau à la main. Je pense qu'un jour, on a posé ce monsieur dans le sud de la France, et qu'on a ensuite construit Monte-Carlo autour de lui.
Il me demande combien de temps cela va encore durer... je regarde la pendule, il reste au moins 3h de jeu. Je lui réponds donc "encore 1h30 à 2h", il sourit tristement et va s'asseoir, à trois mètres derrière sa femme (vous aurez compris que c'est elle la passionnée), dans un confortable fauteuil. Très confortable fauteuil. Doux et moelleux fauteuil en ce début d'après-midi. Le repas de midi a du être bien copieux, et on n'est jamais aussi bien qu'au pieu (désolé). Vos paupières sont lourdes, vous êtes fatigué... et zou, dodo.
Le monsieur au costume bleu ciel doit avoir des problèmes aux sinus. Il se met à ronfler... dans une salle où l'on entend le tic tac de l'horloge à dix mètres de hauteur. Je dois intervenir. Son ronflement perturbe les joueuses. Je me dirige vers lui, et croise Alexandra Kosteniuk (double championne du monde, et championne Olympique en titre) qui va se plaindre à ma collègue. Je secoue doucement l'épaule du costume bleu ciel. Le monsieur ouvre les yeux, il a compris et s'excuse en chuchotant.

Sinon, j'ai aussi calculé les possibilités de normes de GMI pour les trois plus "faibles". Mais ce sont des trucs d'arbitre beaucoup moins amusants que l'absence de miel au début de la ronde. Cela fait tout de même étrange d'entendre toutes ces joueuses me dire "Honey, honey !" ce qui peut se traduire, au choix, par "Chéri, chéri !" ou "Miel, miel !".

Le soir, las des bavardages de mes contemporains, je vais dîner avec ma collègue Anastasia, Olga la Press Officier, et Natalia Championne d'Europe 2015.

Natalia, lors de la cérémonie d'ouverture
(la preuve que c'est une cérémonie d'ouverture, elle ouvre une boite)

Les trois femmes sont russophones, et le seul mot que je connaisse en russe est "borchtch". Elles commencent à parler en anglais, par respect pour votre pauvre serviteur. Mais j'ai décidé de m'asseoir avec elles, justement pour ne pas comprendre ce qu'elles disent. Je leur demande donc de parler russe.
De temps en temps, par pitié (elles ne saisissent pas le plaisir que je peux avoir à ne rien entendre à leur conversation), ou pour me demander mon avis, elles reprennent l'anglais.
Au cours du repas, j'ai donc été sollicité sur des sujets aussi variés que :
 - la comparaison entre les cœurs de palmiers et des asperges
 - le mal au dos quand on donne une simultanée
 - le quinoa
 - les heures de levé et de couché des français, des russes et des espagnoles (avec en sous-sujet, l'ouverture des boulangeries et des discothèques)
 - le borchtch  (ça tombe bien)
 - les noms de familles donnés aux enfants. Celui du père, de la mère ou les deux.
 - la recette de la tête de veau
 - la panique à la dernière ronde des Olympiades, où nous étions tous les quatre
 - les calories d'une tarte aux fruits comparée à un Baba au rhum
 - les Louboutin et la difficulté de marcher avec des talons hauts

A la fin du repas, nous sortons du Casino. Les filles s'attardent sur les Rolls Royce, les Jaguar, les Porche et les Ferrari, quelques Audi, nous sommes samedi soir. Elles me demandent si je vais à la soirée de clôture du Nikki Beach (le bar/piscine sur le toit de l'hôtel). Je leur explique que j'ai 85 ans, et que je ne possède que des vestes grises, noires ou bleu marine. Il faut être habillé en rouge et blanc (couleurs de Monaco) pour cette fête. Natalia insiste : "Tu as bien un tee shirt rouge ?" Non... puis après réflexion, je lui dis que j'ai des chaussettes rouges. Elle me dit alors que si je ne porte que mes chaussettes, je peux y aller ! ... Puis elle éclate de rire.

Je rentre dans ma chambre, et vais revoir "Le Roman d'Un Tricheur" de Sacha Guitry, il me semble que plusieurs scènes ont lieu au Casino de Monte Carlo.



Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci de votre attention.
Demain, nous découvrirons à quoi sert un arbitre.

1 commentaire:

alain sallette a dit…

ah les Audis du populo le samedi soir à Monaco !